ENTRETIEN. « Le squelette d’un enfant n’est pas conçu pour supporter le poids d’un adulte »

En Guadeloupe, près d’un enfant sur quatre est en situation d’obésité, soit une proportion deux fois plus élevée qu’en France hexagonale. Un phénomène préoccupant, alors même que l’image de « l’enfant bien portant » reste valorisée.
Pourtant, l’obésité est une maladie chronique aux conséquences potentiellement graves. Rencontre avec le Dr Corentin Babakissa, pédiatre spécialisé en gastro-entérologie.

En quoi consiste votre spécialité ?

La gastroentérologie pédiatrique s’intéresse aux maladies du système digestif chez l’enfant, du nourrisson à l’adolescent. Les motifs de consultation les plus fréquents sont les douleurs abdominales, la constipation, les vomissements ou encore les troubles de la croissance. Dans certains cas plus rares, nous traitons aussi des pathologies plus graves. L’obésité fait partie des problématiques que nous prenons en charge, notamment en raison de ses nombreuses complications.

Lesquelles ?

On peut comparer cela à une voiture prévue pour quatre personnes dans laquelle on en transporte vingt : le corps n’est pas conçu pour supporter une telle surcharge. Chez l’enfant, cela peut entraîner de nombreuses complications : hypertension, diabète, apnée du sommeil, atteintes du foie ou encore problèmes articulaires. Ces troubles apparaissent à des rythmes différents, d’où l’importance d’un suivi précoce.

Quand considère-t-on qu’un enfant est obèse ?

L’obésité est une maladie chronique en forte progression dans le monde, y compris en Guadeloupe. Chez l’enfant, elle se mesure à partir de l’indice de masse corporelle (IMC), calculé selon le poids et la taille, puis interprété en fonction de l’âge et du sexe. Différents stades permettent de qualifier la gravité : surpoids, obésité modérée, sévère ou massive.
L’obésité résulte d’un ensemble de facteurs biologiques, génétiques, environnementaux et sociaux.
Chez les enfants, les causes les plus fréquentes sont une alimentation trop riche et un manque d’activité physique. Il existe aussi des prédispositions familiales, et plus rarement des causes médicales comme des troubles hormonaux ou génétiques.

Comment éviter cette situation ?

L’alimentation et l’activité physique constituent deux axes majeurs. Il faut identifier d’éventuels troubles alimentaires et les corriger, tout en recherchant d’autres causes médicales. La prise en charge est pluridisciplinaire : professionnels de santé, accompagnement social, rééducation, si nécessaire. L’objectif est d’aider l’enfant à adopter de bonnes habitudes, en limitant notamment la sédentarité et le temps passé devant les écrans.

Comment se déroule le dépistage ?

Le dépistage repose sur plusieurs professionnels : médecins, infirmiers ou encore personnels scolaires. Ils suivent l’évolution de l’enfant grâce aux courbes de croissance. En cas d’alerte, l’enfant est orienté vers une prise en charge spécialisée.

À la clinique Pitat de Basse-Terre, nous proposons un accompagnement global, incluant dépistage, prévention et suivi, avec l’implication des parents.

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