Le nouveau CHU de la Guadeloupe, à Belle-Plaine Les Abymes, intègre petit à petit, avec une accélération dans les prochaines semaines, les différents services de santé de l’ancien établissement de Chauvel. Rencontre avec le directeur général.

Qu’est-ce qui fait la particularité du nouveau CHU ?
C’est vraiment sa modernité. À la fois en termes d’équipements mais aussi en termes d’aménagement des chambres et des lieux de vie. Nous sommes sur une conception qui est moderne et qui donne le plus de place possible au patient.
On passe de 500 à 600 lits d’hospitalisation complète
Il y aura plus de services que dans l’ancien CHU ?
Il y aura plus de services puisqu’on essaie toujours de conforter l’offre de soins. Donc il y a des recrutements médicaux qui se feront, notamment pour les soins vasculaires ou en chirurgie thoracique, activités que l’on souhaite développer sur le nouveau CHU.
Mais, surtout, c’est le niveau capacitaire qui sera significativement augmenté puisqu’on passe de 500 à 600 lits d’hospitalisation complète, donc une centaine de plus. Ce qui doit nous permettre d’assurer plus de fluidité au niveau des urgences.
Aujourd’hui, l’un des problèmes des urgences, c’est que lorsqu’il y a beaucoup d’entrées, forcément les urgentistes ont du mal à faire hospitaliser les patients qui restent sur la zone d’urgence, ce qui n’est pas bon.
Demain, cela devrait être plus fluide. Au niveau des services de soins, il y aura aussi la capacité d’accueillir directement les patients sans passer par les urgences. L’idée est vraiment fondée sur la capacité d’accueil et dans plus de flux de patients.
Vous avez choisi une ouverture progressive de l’établissement ?
Oui. Nous avions, au nouveau CHU, des équipements particulièrement sophistiqués, modernes qui n’étaient pas à disposition des professionnels et des patients à l’ancien CHU. D’où l’intérêt de déménager service par service, dans le temps, pour assurer une continuité des soins dans les meilleures conditions possibles.
Nous avons commencé par l’imagerie, avec les premières IRM qui ont été mises à disposition sur le site de Belle-Plaine. Nous avons poursuivi avec les consultations, puis la radiothérapie et la médecine nucléaire. Il y a un planning bien précis : à chaque fois, le top départ est donné par la commission de sécurité, service par service. La montée en charge se fait progressivement.
En septembre, le transfert des patients hospitalisés
Quand allez-vous monter en charge ?
À partir de septembre, nous attaquons le vif du sujet avec le transfert des patients hospitalisés et donc les services d’hospitalisation. Cela prendra entre 8 et 10 semaines pour transférer tous les patients, tous les services. C’est long, mais il faut comprendre qu’il nous faudra mobiliser de forts moyens de transport, sécuriser tout ce transport et sécuriser aussi l’arrivée à Belle-Plaine. Il faut, de toutes les façons, penser les transports en fonction de toutes les synergies qui existent entre les services.
Par exemple, le transfert d’un matelas monté ne peut pas se faire sans le transfert du bloc opératoire en même temps. Et, qui dit bloc opératoire ,dit anesthésie, réanimation. Il y a une logique de prise en charge mais, ce qui va nous guider, c’est que le transfert puisse se faire sereinement.
Il y aura, bien sûr, un temps d’adaptation. Les équipements médicaux sont différents, les espaces de soins sont plus grands, mais, pour les premiers professionnels sur place c’est plus lumineux, plus professionnel dans les déambulations. Nous avons l’impression de changer de monde.
Une prise en charge des handicaps
Le nouveau CHU pourra-t-il accueillir les patients autrement ?
Oui. Dans le sens où nous intégrons des dimensions qui n’étaient pas au premier plan actuellement. J’ai demandé, par exemple, à ce qu’on porte une attention particulière aux patients souffrant de handicaps. Il y a un plan d’action travaillé avec les équipes pour que les patients, quel que soit le handicap. Nous pensons à la personne à mobilité réduite ou qui ne voit pas, qui ne sont pas des patients qui posent un réel problème. Je pense à la personne autiste qui ne supporte pas d’être enfermée ou d’attendre. Il y a une attention à avoir. Un groupe d’associations qui portent attention aux personnes handicapées a visité le site, ce qui est très instructif pour nous au niveau des commentaires, et nous souhaitons que ces visites soient régulières pour nous aider à appréhender le meilleur accueil possible.
L’activité de recherche du CHU sera-t-elle poursuivie, amplifiée ?
L’activité de recherche sera importante : cela a été l’un des sujets de discussion parce qu’il nous a fallu trouver des locaux pour l’INSERM. C’est important que l’on puisse continuer à collaborer avec eux. Ils travaillent sur des sujets importants pour nous comme les pathologies locales, mais ils essaient d’identifier les facteurs génétiques dans les familles de populations afro-descendantes parce qu’il y a des pathologies spécifiques que l’on retrouve dans la Caraïbe et dans les populations afro-descendantes des Etats-Unis. C’est important pour la prise en charge de ces patients.
Il y a une équipe chargée de la recherche, mais l’idée est de continuer le développement de cette recherche, notamment avec le CHU de la Martinique et la Guyane. C’est un gage pour obtenir des crédits de recherche que d’avoir une synergie entre services. La recherche, c’est la médecine de demain.
Des équipes et des équipements de pointe
Justement, le nouveau CHU pourra-t-il accueillir des patients de la Caraïbe ?
Il pourra accueillir ces patients puisque, souvent, les pathologies qui les intéressent sont celles que nous avons ici et que nous savons prendre en charge avec des équipements et des équipes de soignants très pointus. Il est prévu d’accueillir des patients de la Caraïbe sans que cela dérange l’accueil des patients de Guadeloupe ou de la Martinique qui pourraient être soignés ici.
Quid de l’Intelligence Artificielle au nouveau CHU ?
Jusqu’à présent, nous avons plus travaillé sur la numérisation classique puisqu’aujourd’hui, pour prendre un exemple, il n’y a pas un scanner qui n’est pas relié à un ordinateur. Le dossier du patient doit pouvoir être rempli automatiquement, consultable dans tous les services intéressés. C’est la première brique. L’Intelligence Artificielle viendra en son temps, mais il faut avoir une vraie stratégie si nous voulons que ce soit au service des patients et des professionnels et non l’inverse.
Le recours à la télémédecine sera renforcé ?
Bien sûr. C’est quelque chose qui s’est développé. Tous les établissements sanitaires et médico-sociaux de Guadeloupe ont une station qui permet de faire de la télémédecine. C’est d’autant plus important que le nombre de spécialistes est rare en Guadeloupe.
L’enveloppe de formation a triplé
Les personnels seront-ils formés spécifiquement à l’occasion de leur arrivée dans le nouveau CHU ?
Il y a un travail qui est fait avec les fournisseurs de matériels de pointe qui forment les personnels soignants et médicaux à leur utilisation optimale. Pour les autres personnels, il faut retenir que j’ai fait passer l’enveloppe formation de 800 000 euros par an à 2 millions et, l’an prochain, cette enveloppe passera à 4 millions. Derrière l’investissement dans les locaux, le matériel, il y a cet investissement, tout aussi important pour moi, dans les compétences, l’organisation et le management. Trois sujets qui viennent compléter la modernisation des équipements et des locaux et qui sera poursuivie dans la durée.
Jusqu’à septembre-octobre, l’ancien CHU continue de fonctionner.
Oui, certains services fonctionnent sur les deux sites en attendant le transfert définitif. Certains équipements seront transférés, les plus modernes, mais nous avons à Belle-Plaine ce qui se fait de mieux en matière d’équipements. Nous avons obtenu des fonds d’Etat, des Fonds européens pour compléter nos dotations.
Le site de Chauvel sera fermé pour la fin de l’année ?
Tout à fait. J’ai vu avec l’EPSM et l’EFS qui ont gardé des locaux sur le site de l’ancien CHU que ceux-ci puissent bénéficier ensuite des réseaux d’électricité, d’eau, etc. pour continuer leurs missions.








